BÉNIN (RÉPUBLIQUE DU)


BÉNIN (RÉPUBLIQUE DU)
BÉNIN (RÉPUBLIQUE DU)

L’ancienne république du Dahomey devenait, le 30 novembre 1975, la république populaire du Bénin. Ce changement d’appellation illustrait la volonté de transformation radicale du système politique, économique et social, qui a été affirmée par le gouvernement présidé par le lieutenant-colonel Mathieu Kérékou. Il a été largement commenté par les spécialistes. Le nom de «Dahomey» était généralement considéré par les historiens de l’Afrique comme recouvrant une réalité historique. En effet, le royaume fon d’Abomey, correspondant à l’ancien Dan-Homé, constituait les quatre cinquièmes du territoire de l’actuelle république. Celui de Bénin, en revanche, provient d’un royaume, florissant aux XVIIe et XVIIIe siècles, situé sur le territoire du Nigeria. Il semble que le prestige de l’ancienne civilisation du Bénin ait prévalu sur la toponymie historique, mais en ce domaine, très symbolique, toutes les thèses peuvent être défendues.

1. Le pays et les hommes

Les frontières de la république du Bénin sont celles qui ont été fixées au moment de l’accession du Dahomey à l’indépendance, c’est-à-dire celles de l’ancienne colonie française, définies par des traités franco-anglais pour le Nigeria et franco-allemands pour le Togo, en 1898, et par des décisions administratives pour les frontières du nord avec la Haute-Volta et le Niger.

Le territoire du Bénin se présente comme un quadrilatère de 700 kilomètres de long et d’un peu plus de 120 kilomètres dans sa partie la plus large. Il occupe une superficie de 112 622 kilomètres carrés; avec 4,8 millions d’habitants en 1991, il est relativement peu peuplé. Pourtant dans certaines zones, notamment près de la côte, la densité atteint 500 habitants au kilomètre carré.

Le relief du Bénin est uniforme. Le socle archéen donne un paysage de plateaux marqué par endroits par des pointements de roches éruptives. Au nord, la chaîne de l’Atakora forme un bourrelet peu élevé. L’effondrement du socle ancien a créé un bassin remblayé par des formations continentales du Tertiaire. Au sud, des formations sédimentaires s’ordonnent autour du site de Porto-Novo. Il existe également des cordons littoraux qui constituent des lagunes dont certaines communiquent avec la mer (Grand-Popo et Cotonou, notamment).

Faute de différence sensible d’altitude, c’est la latitude qui détermine la répartition géographique des climats. Dans le sud, la zone des lagunes longe la mer et reçoit plusieurs fleuves (Mono, Ouémé). Elle connaît un climat équatorial avec deux saisons de pluies. C’est une région où les terres sont très fertiles: des cultures de cocotiers se trouvent sur la côte, des palmeraies, des cultures de manioc et de maïs s’étendent vers le nord. La partie centrale est couverte de savanes arborées. Elle a une seule saison des pluies et une faible densité de population. Dans le Nord-Est, le climat est de type soudanais. La végétation est constituée par une savane herbeuse. Quant à la région du Nord-Ouest, elle correspond au plateau de l’Atakora et bénéficie d’un régime de précipitations favorables à l’agriculture.

La population de la république du Bénin se compose d’un grand nombre d’ethnies. Dans le sud du pays sont implantés plusieurs groupes qui font partie de la famille linguistique kwa, parmi lesquels les Fon (les plus nombreux), les Adja, les Aïzo, les Houeda, les Ouéménou, les Goun et les Nago. Dans la partie centrale sont localisés les groupes mohi, tchabe et itcha. Au nord-ouest, on trouve de nombreuses ethnies qui appartiennent au groupe linguistique goun: Pila-Pila, les Yorouba, les Somba et les Natimba. Les Bariba, les Nikky, les Dendi et les Pen vivent dans la région du Nord-Est. La population est inégalement répartie sur le territoire. La densité atteint 300 habitants au kilomètre carré dans le Sud, elle est de moins de 10 habitants au kilomètre carré dans sa partie centrale et de 10 à 20 habitants au kilomètre carré dans le Nord.

2. Le royaume du Dahomey

Les origines: événements et légendes

Les éléments d’une histoire des peuples du Dahomey septentrional n’ont pas encore été réunis. Les Dahomey ou Fon, qui occupent le sud du pays, fondèrent les trois royaumes d’Allada, de Porto-Novo et de Dahomey; le nom du dernier, le plus célèbre d’entre eux, s’appliqua à l’ensemble du pays après la conquête française.

Selon la légende, la fille du roi de Tado (ville située sur le Mono) fut fécondée par un léopard alors qu’elle allait puiser de l’eau et mit au monde un fils qui devint le fondateur de la dynastie. Au XVIe siècle, ses descendants s’établirent à Allada et fondèrent un royaume (le «royaume d’Adra» des cartes anciennes) avec lequel les Portugais entrèrent en rapport. Au début du XVIIe siècle, trois frères, Kokpon, Do-Aklin et Tâ-Agdanlin, se disputèrent le trône. Le premier garda Allada, le deuxième fonda Abomey et le troisième Adjatché ou Porto-Novo.

La date de fondation traditionnelle du royaume d’Abomey est 1625 après J.-C. Dakodonou, fils de Do-Aklin, agrandit son royaume, mais ce fut son propre fils, Ouegbadja (vers 1645-1685), qui en fit un État puissant. Il ne cessa de harceler Dã (ou Dan), roi d’un petit État voisin, en lui réclamant des terres, si bien que Dã, exaspéré, lui demanda s’il n’avait pas l’intention de s’installer sur son estomac (à lui, Dã). Sur ce, Ouegbadja attaqua Dã et le battit; il le ramena à Abomey où il le fit décapiter et jeta son corps dans les fondations du palais qu’il était en train de faire construire.

Souhaitant pouvoir accéder à la côte pour obtenir des armes en faisant du commerce avec les Européens, le roi Agadja (1708-1732), l’un des fils d’Ouegbadja, s’empara d’Allada et d’Ouidah où existaient déjà des forts européens. Ainsi fut constitué, dans des limites précises, l’ancien royaume du Dahomey, dont certaines coutumes méritent d’être mentionnées.

Les «coutumes» du Dahomey

On distingue les grandes coutumes pratiquées à la mort du roi, quand on immolait sur sa tombe des gens afin de lui fournir épouses et serviteurs dans le monde des esprits, et les coutumes mineures appliquées deux fois l’an. Aux grandes coutumes de janvier à mars 1791, il y aurait eu au moins cinq cents hommes, femmes et enfants mis à mort. Les petites coutumes étaient pratiquées périodiquement pour repeupler, dans le monde des esprits, la suite d’un roi défunt.

À un moment déterminé de la cérémonie, certaines victimes – surtout des prisonniers de guerre –, attachées dans des paniers, étaient amenées sur une terrasse élevée, en même temps qu’un alligator, un chat, un faucon dans des paniers analogues, et exposées sur la tête des amazones. Après un discours du roi, ils étaient tous précipités au milieu d’une foule houleuse et massacrés. Sir Richard Burton, dans Mission to Gelele, King of Dahome , affirme qu’on a exagéré l’horreur de ces rites. À la mort du roi, les épouses détruisaient tout ce qui se trouvait à leur portée, se battaient et s’entretuaient, le tumulte continuant jusqu’à ce que le nouveau souverain rétablît l’ordre.

Les amazones

Le roi Agadja institua l’instruction militaire des femmes à l’occasion de la prise d’Ouidah. Un quart environ de la population féminine était censé être «marié au fétiche». Les femmes les plus belles étaient choisies pour être épouses du roi ou enrôlées dans les régiments d’amazones; dans toutes les batailles, elles étaient à la place d’honneur. Burton, qui en 1862 vit une armée en expédition venant de Kana, dénombra 2 500 femmes dont un tiers n’étaient pas armées ou seulement à demi armées. Elles avaient des tromblons, des fusils à pierre, ainsi que des arcs et des flèches. Leur tactique consistait à utiliser l’effet de surprise. Quand l’armée ne se trouvait plus qu’à quelques jours de marche de la ville à attaquer, on leur recommandait le silence et elles n’avaient plus le droit de faire de feu. Elles évitaient les routes et se frayaient une piste dans la brousse. La nuit, elles encerclaient la ville et donnaient l’assaut avant l’aube; elles s’emparaient de tous les habitants si c’était possible, mais n’en tuaient aucun, sauf en cas de légitime défense; en effet, leur but était non pas de tuer, mais de faire des prisonniers pour les vendre sur la côte contre des armes.

Ghézo et les forts

Le roi Ghézo (1818-1858) réduisit considérablement les sacrifices humains et ordonna qu’à sa mort on ne sacrifiât point les femmes du palais. Il consolida aussi son royaume en reculant ses frontières septentrionales. Il dirigea de nombreuses campagnes contre les Yoruba au Nigeria pour se procurer des esclaves; cependant, en 1861, son attaque contre Abeokuta échoua. La même année, il signait un traité commercial avec les Français.

Au XVIIe siècle, la Compagnie des Indes avait établi un fort français à Ouidah, mais la garnison en fut retirée en 1797. En 1842, avec l’autorisation des Français, une maison de commerce s’installa à Ouidah. Les forts anglais, portugais et brésiliens étaient tombés en ruine et, en 1852, quand les Anglais firent le blocus de la côte pour lutter contre la traite, la France et le Portugal élevèrent tous deux des protestations. En 1857, les Français s’établirent à Grand-Popo.

Glélé ou Gelele (1858-1889), successeur de Ghézo, mécontenta Anglais et Français en attaquant ses voisins, en persécutant les chrétiens dahoméens et en favorisant la traite des Noirs. Pour mettre un terme à ses agressions, les Anglais annexèrent Lagos en 1861. En 1863, les Français signèrent un traité avec le roi de Porto-Novo et acquirent aussi Little Popo (Anécho). Par le traité de 1863, Glélé autorisa les Français à s’établir à Cotonou. Le traité germano-français de 1885, fixant les limites de la colonisation allemande sur la côte du Togo, donna Little Popo et Porto-Seguro à l’Allemagne. Les Portugais, qui revendiquaient un protectorat sur la côte, ne conservèrent que leur vieux fort d’Ouidah.

La prise de possession française

L’installation des Français sur la côte fut une source de désagréments pour le royaume du Dahomey et entrava la traite des Noirs. La mort de Glélé et l’avènement de son fils Béhanzin (1889-1894) précipitèrent le déclenchement des hostilités. Cotonou et Porto-Novo furent attaqués et quelques missionnaires transférés d’Ouidah à Abomey. L’un d’eux négocia le traité d’Ouidah (30 oct. 1890), qui reconnaissait la tutelle française sur Porto-Novo et l’occupation illimitée de Cotonou; en échange de quoi le roi du Dahomey devait recevoir une pension. Ce traité fut vivement critiqué en France et peu respecté par Béhanzin, qui ne tarda pas à reprendre ses raids. En 1892, les Français organisèrent une nouvelle expédition sous la conduite du colonel Alfred-Amédée Dodds. Les Dahoméens furent battus et Béhanzin prit la fuite. Abomey fut placé sous protectorat français, un frère de Béhanzin le remplaça. Après quatorze mois de résistance et de négociations, Béhanzin lui-même se rendit en janvier 1894 et fut déporté. Abomey, Allada et Porto-Novo, les trois royaumes placés sous protectorat, furent inclus dans la colonie du Dahomey.

Pour relier cette colonie à leurs possessions d’Afrique, les Français s’efforcèrent d’assurer la sécurité dans l’arrière-pays au nord. Ils y parvinrent surtout grâce aux expéditions du capitaine J. M. L. Baud, en 1895-1896. La convention de 1898 ajouta l’ouest du Borgou au Dahomey, mais sans concéder à la France l’accès à la partie navigable du Niger.

3. La colonisation et l’indépendance

L’établissement de la colonisation française entraîna la disparition des anciens royaumes. Le gouvernement français entendait lutter contre les anciennes et cruelles coutumes, et ne pouvait donc s’accommoder du maintien des autorités traditionnelles qui étaient inévitablement des opposants.

Entre 1900 et 1909, les royaumes d’Abomey, de Porto-Novo et d’Allada perdent leur roi. Ils cessent d’être des unités autonomes et sont alors confondus dans un ensemble divisé, selon la pratique coloniale française, en cercles et cantons, gérés par des administrateurs pour les premiers et par des chefs africains pour les seconds.

Le contrôle de la colonie, créée par un décret du 27 juin 1894, est difficile, surtout dans le centre et le nord du pays. On en voit la preuve durant la Première Guerre mondiale, lorsque des troubles graves éclatent dans le nord du pays après l’envoi des troupes sur le front européen. Avec la fin de la guerre, le calme revient, et le Dahomey connaît un net développement des moyens de communication (construction de routes, de voies ferrées, aménagement du port de Cotonou), une rationalisation de la production agricole qui augmente sensiblement et, surtout, un important effort de scolarisation. L’action conjuguée des missions catholiques et protestantes, extrêmement actives, notamment dans le sud du pays, et de l’enseignement laïque permettent d’établir un bon système d’enseignement primaire et de mettre en place un enseignement secondaire de valeur. C’est ainsi que le Dahomey acquit la réputation d’être une pépinière d’intellectuels, le «quartier Latin de l’Afrique». Parce que le Dahomey avait été intégré dans l’Afrique-Occidentale française en 1904, de nombreux Dahoméens entrèrent dans la fonction publique et servirent dans les autres territoires de la fédération. Une diaspora dahoméenne se développa alors; elle devait créer des problèmes avec les populations des autres territoires après l’accession de ceux-ci à l’indépendance.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’évolution du Dahomey est marquée par les mêmes grandes étapes que celle des autres colonies françaises. Les Dahoméens deviennent citoyens français. Ils élisent des représentants à l’Assemblée nationale, au Conseil de la République et au Conseil de l’Union française. Un conseil général est élu et siège aux côtés du gouvernement. L’existence d’une représentation politique accélère le développement des forces politiques au Dahomey même. Un premier parti, l’Union progressiste dahoméenne (U.P.D.), est créé au mois d’avril 1945. Quelques mois plus tard, Justin Ahomadegbe quitte le parti et organise une nouvelle formation, le Bloc populaire africain (B.P.A.). On entre alors dans une période d’intense et confuse activité politique, au cours de laquelle plusieurs partis sont créés, qui disparaissent aussi vite qu’ils naissent. En 1951, c’est le Parti républicain du Dahomey, organisé par Sourou Migan Apithy, autre transfuge de l’U.P.D. Presque en même temps, Hubert Maga forme le Groupement ethnique du Nord, qui devient le Mouvement démocratique dahoméen en 1957. Enfin, une section dahoméenne du Rassemblement démocratique africain voit le jour en 1955: l’Union démocratique dahoméenne (U.D.D.). Tous les éléments du système tripartite caractérisant la vie politique du Dahomey indépendant sont en place.

La Constitution de 1958 donne aux territoires d’outre-mer la possibilité de choisir leur statut. Le projet de Constitution est adopté par les électeurs dahoméens lors du référendum du 28 septembre 1958. Le Dahomey opte pour le statut d’État membre de la Communauté et la république est proclamée le 4 décembre 1958.

4. La république du Dahomey

L’évolution politique de la république du Dahomey est marquée par de nombreuses crises politiques qui ont eu pour conséquence une forte instabilité constitutionnelle. La plupart de ces crises trouvent leur origine dans la difficile cohabitation des trois principaux partis politiques qui ont chacun une base régionale et ethnique. Outre la coupure traditionnelle entre le Nord et le Sud du pays, la concurrence entre les leaders des partis implantés dans les régions méridionales a constamment divisé le pays.

La Constitution du 15 février 1959, la première qu’ait connue le Dahomey, est fortement inspirée par la Constitution française de 1958 et organise un régime parlementaire.

Lorsque le pays accède à la pleine indépendance, le 1er août 1960, une nouvelle constitution est adoptée, le Dahomey ayant adhéré au Conseil de l’Entente (au sein duquel figurent également la Côte-d’Ivoire et la Haute-Volta). Elle est conforme au modèle présidentiel commun à tous les États membres du Conseil de l’Entente, mais comporte une vice-présidence de la République, qui doit permettre la présence simultanée au pouvoir des chefs des deux grands partis politiques. Pour éviter les effets déstabilisateurs du tripartisme dahoméen et suivre le schéma qui prédomine alors en Afrique noire, un parti unique, le Parti dahoméen de l’Unité, est formé par la coalition des trois formations existantes. Mais le régime est miné par des troubles sociaux et politiques qui entraînent l’intervention de l’armée.

Un coup d’État militaire se produit le 28 octobre 1963. Le colonel Christophe Soglo annonce que l’armée prend provisoirement le pouvoir pour sanctionner l’échec du parti et du syndicat uniques et empêcher une guerre interethnique.

Au mois de janvier 1964, le Dahomey revient à la gestion civile en application de la Constitution. Sourou Migan Apithy exerce les fonctions de président de la République, mais il est renversé par le Parti démocratique dahoméen et remplacé par Justin Ahomadegbe. On revient un moment à la formule du tripartisme, mais une nouvelle crise politique conduit à la prise du pouvoir par les militaires, le 22 décembre 1966.

Pour la deuxième fois, le Dahomey connaît un gouvernement militaire, dit «Comité de rénovation nationale», que préside le général Soglo. Il procède à un assainissement de l’économie et des finances publiques. L’armée réprime les syndicalistes qui organisent des grèves. Cependant, au mois de décembre 1967, les grèves reprennent, accompagnées de désordres. Le 17 décembre, quelques commandos parachutistes, ayant à leur tête le commandant Maurice Kouandete, renversent le gouvernement du général Soglo.

Le comité révolutionnaire mis alors en place est chargé de superviser l’action du gouvernement provisoire, de constituer une commission constitutionnelle et de contrôler les biens des anciens gouvernants. Plusieurs crises gouvernementales font apparaître la division des militaires. Une nouvelle Constitution est approuvée par référendum le 31 mars 1968. Elle établit un régime de type présidentiel où le président de la République, élu pour cinq ans au suffrage universel direct, et l’Assemblée nationale se partagent les pouvoirs exécutif et législatif. Le parti unique est rétabli «pour favoriser l’unité nationale [...], pour mettre fin à la haine, aux luttes fratricides et stériles, aux actes de violence et de banditisme qu’engendre le pluripartisme dans notre jeune État...» (art. 103 de la Constitution). L’armée doit contribuer au progrès économique, social et culturel. Le président Émile Derlin Zinsou est choisi par les militaires pour exercer les fonctions de président de la République. Le calme ne revient pas pour autant et un coup d’État renverse le président Zinsou, qui est remplacé par une direction militaire le 10 décembre 1969. Faute de pouvoir organiser des élections, un conseil présidentiel composé des chefs des trois partis traditionnels du pays est instauré le 7 mai 1970.

La charte du conseil présidentiel adoptée le 7 mai 1970 met en place une organisation qui doit permettre la cohabitation des trois chefs des partis traditionnels et régler les conditions de leur succession au pouvoir. Cela ne dure pas et, le 26 octobre 1972, le commandant Mathieu Kérékou prend le pouvoir. Un gouvernement militaire révolutionnaire est établi. Il proclame sa volonté de réformes profondes, qui se traduit par le changement de nom du pays, l’adhésion au marxisme-léninisme et la création du Parti de la révolution populaire du Bénin (P.R.P.B.).

5. La république populaire du Bénin

La vie politique

L’organisation du pouvoir politique est alors fixée par la Constitution adoptée le 9 septembre 1977 à l’instigation du colonel Mathieu Kérékou, Constitution qui restera en vigueur jusqu’en 1990.

L’adoption des principes du marxisme-léninisme est l’innovation la plus importante du régime. Le nom donné au pays est un signe de son adhésion à la doctrine marxiste-léniniste, qui guide en fait toute la conduite du gouvernement. L’organisation économique de la société béninoise est caractérisée par la direction de tous les secteurs de l’économie par l’État, par la réforme agraire et le développement de l’industrialisation. Le régime de la propriété est profondément modifié. Si la propriété privée des moyens de production n’est pas supprimée, cinq autres types de propriété existent également, parmi lesquels la propriété d’État, définie comme étant celle du peuple tout entier. Le régime des libertés publiques est également marqué par le marxisme-léninisme: d’où l’importance accordée aux droits économiques et sociaux et le fait que ces droits n’existent que pour ceux qui admettent le cadre doctrinal de la société béninoise. Le marxisme-léninisme détermine également les principes de la politique étrangère (lutte contre l’impérialisme, l’amitié avec les peuples opprimés du monde...).

Fondé le 30 novembre 1975, le Parti de la révolution populaire du Bénin (P.R.P.B.) était un parti unique de type marxiste, regroupant «le peuple laborieux et militant». Il fut l’inspirateur principal de la politique et l’instrument fondamental des organes de l’État intervenant dans l’exercice des fonctions gouvernementales.

L’Assemblée nationale révolutionnaire était l’institution suprême du pouvoir d’État. Elle avait la compétence législative et nommait toutes les autorités de l’État sur proposition du comité central du P.R.P.B.

Le Conseil national exécutif était composé des ministres et des présidents des comités d’État d’administration des provinces. Il était responsable devant l’Assemblée nationale.

Cette Constitution fut un bon exemple de l’application du marxisme-léninisme à un pays africain. La référence doctrinale était orthodoxe, mais la réalité montrait une adaptation de ces principes à une société principalement rurale et en voie de développement.

L’économie béninoise

La politique économique de la république populaire du Bénin était déterminée par l’option marxiste-léniniste choisie par le gouvernement et celle-ci s’exprimait par l’existence d’une planification. Les objectifs principaux du deuxième plan quinquennal (achevé en 1988) étaient de satisfaire les besoins matériels de la population en réalisant l’autosuffisance alimentaire, d’exploiter rationnellement les ressources naturelles et d’apporter une réponse à la demande de biens socioculturels. Pour ce faire, cinq orientations principales furent arrêtées: le renforcement de la sécurité alimentaire; l’industrialisation; l’atténuation du caractère monocultural des exportations; la transformation de la structure de l’économie; la fixation de projets prioritaires. Pour réaliser ces objectifs, le gouvernement disposait de structures précoopératives et de coopératives de type socialiste ainsi que du contrôle des secteurs vitaux de l’économie nationale.

Le secteur primaire, le plus important, était considéré par le gouvernement comme la base du développement. Il employait 44 p. 100 de la population active. En 1985, l’agriculture béninoise a contribué à la formation de 46,7 p. 100 du P.N.B., ce qui représentait une progression de 14,1 p. 100 par rapport à 1984. Le Bénin a eu tendance à se tourner vers les cultures vivrières, longtemps négligées au bénéfice des cultures d’exportation. Des gains de productivité ont permis une augmentation de la production de coton graine durant les cinq années 1982-1986; en 1987, la production a été de 110 000 tonnes. En revanche, malgré les efforts faits pour moderniser les plantations de palmiers à huile, la production a sensiblement baissé entre 1970 (134 000 t) et 1984 (33 200 t). Le Bénin n’a pas obtenu de très bons résultats dans les cultures secondaires telles que le cacao et le café; la socialisation a peut-être découragé les paysans de s’adonner à des cultures qui demandent de grands soins. La production animale ne permet pas au Bénin d’être autosuffisant.

Les ressources minières sont peu importantes. Il bénéficie d’une production pétrolière (600 000 tonnes en 1986); elle ne progresse que lentement, car des investissements lourds doivent être faits et la situation du marché n’offre pas une bonne rentabilisation de ces opérations.

Le secteur secondaire est peu développé. Il occupait 13 p. 100 de la population active et participait pour 13 p. 100 au P.I.B. en 1985. Les principales entreprises sont dans les secteurs des corps gras, du textile, de l’agro-alimentaire, du bois et des matériaux de construction. Seule l’industrie des corps gras dépasse la production nécessaire à la consommation locale. C’est la Société nationale de l’industrie des corps gras qui contrôle totalement cette activité, constituée par six huileries et une raffinerie. Elle a le monopole de la commercialisation de l’huile de palme ainsi que des huiles de tourteaux de palmistes, d’arachide et de coton. Des efforts sont faits pour développer une industrie textile susceptible de fournir des produits d’exportation ainsi qu’une industrie sucrière.

Le secteur tertiaire est peu important, sauf pour ce qui concerne le commerce, dont les moyens dépassent les besoins du marché intérieur. Cette situation s’explique par l’existence d’un fort courant commercial en direction du Nigeria, qui offre un marché proche et très important. À la suite de la crise qui l’avait frappé en 1984, le Nigeria avait fermé ses frontières; cette mesure affecta le commerce béninois, mais il s’adapta à la nouvelle situation grâce à des échanges non officiels.

Sans que l’option socialiste soit mise en cause, le gouvernement béninois annonçait en 1988 une réforme du secteur public et parapublic qui consistait dans la liquidation de certaines entreprises non rentables, la privatisation de six sociétés et la transformation en sociétés d’économie mixte de sept sociétés importantes, notamment la Banque béninoise de développement et la Banque commerciale du Bénin, dont le capital était ouvert aux prises de participation étrangères.

Malgré ces mesures, la crise économique atteignit son paroxysme: faillite du système bancaire à la suite du krach de la Banque commerciale du Bénin, suspension des paiements des arriérés de la dette extérieure.

La transition démocratique

Sous l’autorité sans faille du général Kérékou, le Bénin, après avoir connu de longues années de troubles internes, semblait être parvenu à la stabilité politique. Il n’en était pas de même sur le plan économique. Son pays étant au bord de la banqueroute, le président Kérékou fut contraint, en juin 1989, d’accepter les conditions draconiennes que posaient le F.M.I. et la Banque mondiale pour accorder leur aide. Liée au contexte international, cette situation accéléra la fin du marxisme-léninisme. En février 1990, une Conférence nationale des forces vives décida de mettre fin au régime de parti unique et d’organiser des élections générales. Une nouvelle Constitution fut adoptée par référendum le 2 décembre 1990. Le 24 mars 1991, au second tour de l’élection présidentielle, le Premier ministre Nicéphore Soglo l’emporta contre le général Kérékou.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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